Archives de Catégorie: Turquie

Savoirs-faire et semences paysannes en Turquie

Lors de notre traversée de la Turquie, enfin de la toute petite partie ouest, nous avons été grandement surpris et enchanté de voir une campagne, un monde rural et agricole encore digne d’être traditionnel. C’est une chance pour la Turquie qui a peut être encore le temps de sauver ces savoirs-faire.

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Accès a une alimentation de qualité et soutien aux petits producteurs, sur Istanbul

« A Istanbul, il y a du coté des consommateurs une conscience qui prend corps. Il y a également en Turquie, comme vous avez pu le voir, une population de producteurs qui représente encore au moins 25% de la population totale. Donc il y a une volonté des consommateurs et beaucoup de producteurs, le problème est qu’ils n’arrivent pas a se rencontrer » (Tracy Lord Sen de l’association Emanetciler, voir cet article).

Vouloir bien manger dans la cinquième plus grande ville du monde est une chose (produits variés, de saisons, locaux et sans produits chimiques), soutenir les producteurs et petits producteurs en est une autre. Les consommateurs qui se préoccupent de leur alimentation, le font souvent dans un souci de santé et se rendent moins compte de l’impact social et économique de leur mode de consommation. Acheter son alimentation (même de saison, locales et sans produits chimiques) au supermarché, sur un marché conventionnel, un marché de producteurs, sur internet ou a travers un groupe de consommateurs, ne présente pas les mêmes impacts.

Nous allons présenter 4 systèmes d’accès alternatif a l’alimentation présent sur Istanbul. Chacun présente des impacts différents, leurs limites et leurs intérêts.

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Retour à la terre, pour une révolution contemporaine

Dans les années 1970 en Turquie, les partis et syndicats ont une importante capacité de mobilisation autour de discours parfois radicaux. Certains mouvements ont ainsi agi pour occuper des terres appartenant à de gros propriétaires. En 1980, la Turquie connaît son troisième coup d’état de la part de l’armée (après ceux de 1960 et 1971), qui avait pour but avoué de « dépolitiser la société ». Le moins que l’on puisse dire est que ce but a été atteint, car le coup d’état a mis fin aux activités de gauche au sens large: tous les partis politiques et 23 667 associations et syndicats ont été dissouts. Cette « dépolitisation » a été conduite de façon extrêmement violente: 650 000 personnes en garde a vue, des centaines de décès suspects, les actes de torture généralisés. Pendant le régime militaire (de 1980 a 1983), les cadres, militants et sympathisants de gauche ont tous connu la répression, si ce n’est directement, par l’intermédiaire de parents, d’amis, ou de camarades. Des limites très strictes ont ensuite été imposées aux libertés syndicales. L’action collective, même non contestataire, est alors vue avec suspicion par l’administration qui vise à la décourager. Ainsi, la formation et le fonctionnement d’une association se heurtent à des contraintes juridiques et administratives importantes. De plus, les manifestations dans l’espace public sont soumises à une réglementation telle qu’une large partie sont illégales. La censure entraîne fréquemment la condamnation de journaliste (1).

 Le projet de gauche, dans sa version marxiste et révolutionnaire, est donc bloqué depuis les années 1980 (2). Pour celles et ceux qui poursuivent encore aujourd’hui l’idéologie révolutionnaire, il leur parait trop risqué et peu probable d’aboutir si l’action est menée dans le champ politique. Ces militants ont alors du trouver un autre terrain pour mettre en oeuvre les actes révolutionnaires. Les campagnes leur ont offert un « champ » d’action idéal: lieu des luttes paysannes, qui se situent à la base des sociétés; lieu opposé à la ville, symbole du capitaliste galopant; se sont également les campagnes qui souffrent le plus des changements provoques par les politiques libérales [voir cet article].

Nous avons rencontré plusieurs de ces acteurs, avec des initiatives dans les campagnes turques. Certains  disaient ouvertement que leurs actes partaient d’une volonté révolutionnaire, les autres ne le présentaient pas de cette manière mais leurs actes n’en restaient pas moins chargés de ses valeurs.

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Que deviennent les paysans en Turquie ?

Plusieurs rencontres avec des paysans turcs dans la région de l’Ouest Anatolie nous ont permis de comprendre les récentes mutations du monde paysan.

Avec une explosion démographique qui voit la population passer de 14 millions d’habitants en 1927 à 70 millions actuellement, l’agriculture turque a réellement relevé un défi en doublant sa production entre 1973 et 1993, assurant l’autosuffisance alimentaire depuis les années 80. La politique agricole protectionniste menée par l’état turc (restriction, interdiction et taxes sur les importations, subventions aux exportations) avait permis d’atteindre la souveraineté alimentaire, tout en maintenant une population et une activité rurale forte. Avec la demande d’entrée de la Turquie dans la CEE (Communauté économique européenne), le FMI (Fond Monétaire International) et la Banque mondiale imposent l’abandon par l’état turc de son arsenal de soutiens à l’agriculture. Les experts du FMI considèrent que les exploitations agricoles sont trop petites (5,9 ha en moyenne) pour leur modernisation et n’envisagent que leur suppression. Depuis le 3 novembre 2002, l’AKP, parti de la justice et du développement, dirige le pays. Ce gouvernement se plie aux demandes du FMI et mène une politique libérale. (1)

Dans ce contexte les paysans sont contraints de se spécialiser et de suivre la voie du libéralisme qui engendre pour eux une dépendance étroite aux industries agroalimentaires et aux marchés internationaux. L’histoire de la famille Yıldız, que nous présentons ici, illustre bien ce phénomène.

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