Le jardin de Zineb

Zineb Benrahmoune Idrissi est enseignante à l’ENFI, l’école nationale forestière d’ingénieur  de Salé où nous étions logés il y a quelques semaines. Botaniste et écologue de formation, elle aura été la première femme enseignante de l’école et aujourd’hui elle enseigne « l’environnement » à ces étudiants. Elle insiste dans ce module sur le côté éthique: « partir de la consommation pour aller vers les problématiques environnementales: conscience, responsabilité, partage. Tu parles de problématiques environnementales mondiales? et où est ta consommation? où est notre consommation en tant que citoyen du monde? »

Il y a 12 ans, Zineb a acheté un terrain de 2 ha et demi dans le Shoul  20 km de Rabat. Un terrain aride, inculte avec une forte pente sur plus de 70% de la parcelle, « d’ailleurs les autochtones l’appellent el haait qui veut dire le mur en marocain. Zineb n’avait jamais fait d’agriculture ni même sa famille « j’ai acheté ce terrain parceque je voulais me montrer d’abord à moi quelque chose mais alors rien au niveau formation en agroécologie, rien. Puis l’aventure a commencé et puis pourquoi ce terrain et pas un autre, ça c’est l’appel de la terre. » Zineb avait juste une impression, le sentiment fort qu’il fallait retrouver la forêt, la forêt fruitière avec un équilibre entre l’animal, le végétal et l’être humain…C’est d’ailleurs avec cette réflexion qu’elle a installé des ruches avec comme seul but de départ: que les abeilles puissent polliniser les arbres, sans même penser à profiter du miel qu’elles fabriquent. « C’est comme ça que mon aventure avec Shoul a commencé et on m’a prise pour une dingue ».

Ne voulant surtout pas être dans la provocation mais plutôt avoir de l’humilité et être humble, Zineb a commencé à travailler la terre dans l’altruisme le plus total « j’ai dépensé, j’ai dépensé pour la terre, j’hésitais pas à ramener des gens pour travailler et les payer, à acheter…Et aussi tout ce qui sortait de la terre c’est pour les autres ». Le système capitaliste dérange profondément Zineb  surtout quand il y a trop de profit. Cependant dès qu’il y avait une faiblesse, une difficulté, le manque de reconnaissance se faisait vite sentir alors elle a assez vite compris que pour réussir il fallait un juste milieu, d’abord se nourrir, « donner puis recevoir ».

Extrait du témoignage de Zineb, cliquez ici

Zineb fournit aujourd’hui  5 à 10 paniers de légumes et fruits à des consommateurs citadins. Son jardin s’est fait connaître de bouche à oreille et les personnes désireuses d’avoir un panier viennent d’abord voir sur place. En 12 ans son terrain est devenu un véritable « exemple » en terme d’agroécologie, d’autonomie alimentaire et de maintien des sols. Tout ça grâce à l’expérience, la patience, les lectures, les échanges, quelques formations avec Terre et Humanisme à Dar Bouazza et Moustafa. Moustafa « c’est aujourd’hui son jardin », il est arrivé là à l’âge de 17 ans et depuis ils forment les habitants aux alentours, sur l’apiculture, sur des techniques d’enrichissement du sol…Moustafa, originaire du Shoul, est le véritable relais du travail effectué ici. Zineb est une citadine, Moustafa est donc beaucoup plus à même d’essaimer un peu cette vision de l’agriculture aux populations de la vallée.

L’agroécologie « c’est tout ce qui est interdisciplinaire, il faut prendre en considération l’ensemble. » Dans le jardin de Zineb « tout est fait par rapport à l’eau et l’enrichissement du sol, un sol qui est en équilibre c’est un sol fertile et qui retient l’eau ». Pour cela elle a mis en place, après avoir planté un certain nombre d’arbres (oliviers, grenadiers, figuiers, caroubiers…), des fosses éponges ou lombricompost : ces fosses permettent une rétention de l’eau et toutes les racines environnantes en profitent. Il y a également des fosses creusées un peu partout autour des arbres en association avec de la fève pour l’azote, des plantes « nurses », qui jouent le rôle de protéger les graines sous elles et qui sont utilisées ici en pépinière naturelles. Au fond de son jardin ou plutôt tout en bas, elle garde ce qu’elle nomme un « corridor écologique », une zone qu’elle ne touche pas et qu’elle protège du pâturage. dans cette zone, elle a fait  12 petits barrages collinaires qui permettent d’avoir de l’eau en continu dans son puits, normalement à sec de mai à septembre. Étant donnée la pente, la différence d’altitude entre le plateau et le fond de la vallée permet de profiter de températures très différentes et ainsi de faire un maraîchage étalé dans le temps et des plus diversifié.

Aujourd’hui cette terre est dite « harchat », de galet, rugueuse…la terre des voisins vaut aujourd’hui beaucoup plus qu’il y a une dizaine d’années, la fertilité de leurs sols leur était bien méconnue.

Pour Zineb, il y a au Maroc des paysans très attachés à la terre mais il y a un risque important de les perdre. Le but aujourd’hui est donc d’essaimer au maximum les expériences en agroécologie, « il y a un peu partout des personnes relais…puis il y a des projets qui se font ».

Nous avons eu « la baraka » de pédaler jusque Bellouta, dans la province de Ouezzane près de Chefchaouen. Zineb nous avais parlé d’un travail bénévole qu’elle fait là haut avec plusieurs jeunes. Nous avons pu échanger avec Salaheddine, un jeune de Bellouta aujourd’hui formateur et animateur en agroécologie, et Aymar , un jeune français qui vit depuis trois ans au Maroc. Tout deux travaillent avec l’association MNED (Maroc Nord Energie Durable) basée à Chefchaouen qui est une cellule d’appui technique en partenariat avec les associations GERES (Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarités) en France  et GERERE (Groupe d’Etudes et de Recherche sur les Energies Renouvelables et l’Environnement) à Rabat . GERES « est venue sur la commune de Brikcha pour monter un projet en agroforesterie ou la gestion de biomasse » avec l’association locale de Bellouta ARDB (Association Rif pour le Développement local et durable). Le projet consiste à conserver « la forêt, la biodiversité de la région qui est fortement menacée par l’érosion hydrique liée à plusieurs causes: défrichement des terres agricoles, mauvaises pratiques techniques… ». Très vite, les porteurs de projet se sont rendus compte qu’un travail avec les populations locales est indispensable afin qu’elles diminuent leur pression sur les ressources forestières et qu’elle augmentent leur autonomie énergétique sur leurs parcelles. Les solutions ont donc été trouvées dans l’agroforesterie et Zineb leur apporte son expérience qu’ils adaptent à la zone (plantation, greffage, taille des arbres et récupération du bois, fertilisation du sol, compostage…). Il y a aujourd’hui 6 douars « qui ont des parcelles pilotes » gérés par 12 paysans. L’un des objectifs est maintenant d’augmenter progressivement le nombre de paysans s’engageant dans la démarche et d’apporter en retour des moyens de générer des revenus. Une commercialisation de proximité est donc en cours (notamment pour la confiture de coings) et un cahier des charges va être élaboré, l’objectif étant de mobiliser une personne à temps plein pour assurer un contrôle de la qualité et d’assurer le lien entre producteurs et consommateurs avec la volonté de rémunérer dès le départ le paysan.

Extrait du témoignage de Zineb, cliquez ici

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3 réponses à “Le jardin de Zineb

  1. Bravo Zineb et bon courage pour vos exploits.
    Je vous rendrai visite un jour pour avoir vos conseils.

  2. bonne continuation, merci pour le partage de votre savoir faire

  3. kamal eladdali

    merci zineb bq vous êtes vraiment un gigantesque et une femme rare. on a bénéficier dans erdb plus de chose sur biomasse et l’agro écologique . nous espérant que vous continuer avec nous. merci infiniment

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